[Court Métrage] Petit Prince de mes Deux

Je suis ennuyé d’écrire un billet là dessus au lieu de faire progresser l’intrigue des Tribulations de Bob mais au moins je serai débarrassé.

Petit Prince de mes Deux, donc.

Affiche Petit Prince de mes Deux

L’an dernier donc, c’était la fac d’art et si nous n’étions pas transcendés par chacun des cours proposés, il y avait tout de même deux ou trois matières rigolotes, parmi lesquelles l’atelier d’écriture de scénario. C’était l’occasion d’enfin se sortir les doigts, puisque l’évaluation se faisait en deux temps : Écrire un scénario pour le premier semestre puis en réaliser au moins quelques séquences pour le second.

L’ennui c’est qu’en début d’année, lors du premier cours avec le prof de ladite matière (en l’occurrence Mr Dominique Choisy), on ne sait pas bien quoi répondre à la question « Et bien maintenant que vous êtes prévenus, vous avez déjà une idée de ce que vous allez réaliser ? Des projets ? ». Non. En bredouille vite fait une idée de nanar élaborée avec Joris durant l’été (ceci dit, on n’abandonne pas, surtout si il entre à la Femis) histoire de ne pas répondre « J’en sais rien » mais on se rend vite compte que non, c’est sérieux, qu’il va falloir faire preuve de créativité. Comme raconter l’histoire d’un élève en médecine qui a des hallucinations.

Je me demande toujours comment s’est produit le déclic, mais lors d’une séance, j’ai soudainement eu l’envie de réaliser un truc inspiré de Renaud, Lucien, Fluide Glacial, bref, tout cet univers rigolo/décalé/loubard typique des 70’s dans la chanson et la bédé. Pour une autre raison qui m’échappe, j’en suis très vite venu à l’idée d’adapter l’une des aventures de Gérard Lambert de Renaud.

Par élimination, le Retour de Gérard Lambert c’était plus laborieux, il fallait une Simca 1000 et une pute et puis c’est surtout les Aventures de Gérard Lambert que je connais depuis mes 11 ans. Celle qui se trouvait sur une des deux cassettes de Renaud retrouvées au grenier que je n’arrêtais pas d’écouter, encore moins quand j’ai reçu mon baladeur cassettes. Je me revois encore dans le shuttle pour aller réveillonner en Angleterre, la tête posée sur l’oreiller avec entre les deux, mon casque en plastoc qui me faisait mal à l’oreille. Donc oui, les Aventures de Gérard Lambert, la chanson me plaisait, je trouvais les paroles très étranges (cet espèce de surréalisme sous-jacent qui intervient dans pas mal de chansons de Renaud) et la musique était entraînante en diable.

Petit à petit, le projet s’est dessiné, quand j’en ai fait part à Mr Choisy en lui expliquant que Renaud, Margerin et sa bande sont des influences dans lesquelles je baigne depuis très jeune, il était très enthousiaste puisqu’il semblait affectionner ce genre de références également. Tant mieux, je ne passerai pas pour une buse en classe à parler d’un projet que personne n’aurait pu biter. Je me suis longtemps demandé quelle forme cela aurait pu avoir, même si au fond une idée prédominait. Les semaines se succédèrent jusqu’au jour où Mr Choisy exigea que l’on ait terminé notre scénario, du moins une version entière pour la semaine suivante. Cela n’a pas trop chamboulé ma semaine de glande/films/jeux, mais le dimanche soir, pouf, en une heure, j’avais couché dans un document word tout ce qui me mijotait dans  le cigare depuis tout ce temps. Un bar, quatre personnages, un flashback, bim.

Initialement, voici comment cela devait se dérouler :

L’action se déroulait le 15 Avril 77 au petit matin dans un bistrot de banlieue parisienne. Loin d’être vide, l’attention se fixait d’abord sur deux piliers de bar assis au comptoir, commentant les infos transmises par la radio. « gnagnagna… Fait divers, le corps d’un enfant a été retrouvé dans la banlieue de Rungis, le crâne broyé par ce que les spécialistes considèrent comme une arme contondante »

Le barman se mêlant aux discussions, nos trois compères discutent de cette nouvelle particulièrement morbide avec un air distrait, avec l’élégance et le tact qui caractérisait ceux qui se plaignent que l’on envoie des gens sur la lune, mais que ce soit toujours la même merde pour ouvrir les huîtres. Puis débarque un nouveau personnage, venu se ressourcer comme les autres, évidemment, mais visiblement plus alarmé par le fait divers puisqu’il relance le sujet avec ses nouveaux camarades d’un matin.

Seulement, lui, il a un cousin dont le pote a tout vu et il raconte ce qui s’est passé cette nuit là. Après cette séquence habilement introduite sous forme de flashback, retour au bistrot. En parallèle de toute cette action, de courtes scènes parsemaient le scénario durant lesquelles un loubard, un hell’s angel maudit roulait sur une malaguti à l’agonie en direction du bistrot en question. Nos prolétaires continuent de débattre, de se disputer, de divaguer, de boire, jusqu’à ce que finalement le motard débarque dans le bistrot, tel le sale cowboy venu chercher des merdes au gentil John Wayne. Celui-ci demandait alors à ce qu’on lui file un coup de main car sa moto était tombée en rade. Sans plus attendre, ces braves piliers de bar venaient en aide à ce brave garçon qu’était Gérard Lambert.

L’ennui, c’est qu’il fallait trouver un bar. Et si l’ensemble du scénario et des dialogues ont été écrits en une soirée, le plus dur restait à faire. Et puis trouver un bar, ça implique plein de trucs : Demander au patron de nous le prêter pendant deux ou trois jour, ça impliquait de paralyser son chiffre d’affaire et de considérablement alourdir sa facture d’électricité. Et de mon côté, il fallait trouver du monde pour l’habiter. Après de nombreuses recherches hélas infructueuses (entre ceux qui n’étaient pas chauds et celui qui était d’accord mais qui a dû fermer peu avant l’hypothétique tournage), j’ai dû abandonner l’idée, ce que j’ai fait sans trop de regret car j’avais un plan de secours qui n’était pas plus mal : Faire de la courte séquence de nuit un film de 5 minutes au lieu de 30 secondes. Autrement dit, adapter purement et simplement la chanson des Aventures de Gérard Lambert. Ne me jugez pas.

Et ça, c’était en Avril, alors que tout le monde savait plus ou moins quoi tourner, où et avec qui. Heureusement, j’ai vite eu la possibilité de joindre Dom (l’acteur) pour lui proposer de tenir le rôle de Gérard Lambert. Il n’y avait plus qu’à lancer le bouzin. Le tournage s’est fait fin Mai grâce à Olivier avec qui nous avons un peu zoné dans la ZAC de Beauvais pour trouver un coin sympa. Après une quinzaine d’aller-retours, j’ai jeté mon dévolu sur un chemin bitumé ne menant à pas grand chose, si ce n’est des squats et des genre d’entrepôts. Ceci dit, on n’aurait gêné personne, pas même les routiers portugais qui étaient sagement restés dans leur coin au bout de la rue. Il n’était pas loin de 20h mais on ne savait toujours pas si le tournage aurait bien lieu, car sans éclairage public, c’était peau d’zobi. Oh, il y avait bien des lampadaires le long du chemin où l’on comptait tourner le film, mais on n’espérait qu’à peine qu’ils les allument dans ce coin reculé de la ville. Or, coup de bol, vers 22h, c’était bon, la lumière était. Nous avions eu le temps de tourner quelques plans avec Dom qui nous avait rejoint peu de temps avant, avant que le soleil ne se couche, puis nous avons attaqué le gros œuvre sans embûches durant une heure ou deux. À la fin, nous étions content. Mis à part mes doutes concernant le manque de lumière et la faible sensibilité d’une caméra numérique (allumer les phares de la voiture d’Olivier aura tout de même grandement aidé pour les premiers plans), j’avais tout ce qu’il fallait, puis la post-production s’est étalée jusqu’au milieu de ce mois de Mars 2013.

Il y a eu du temps perdu à glander, à triturer la timeline pour voir comment faire avancer le shmilblick pour finalement refermer Première de dépit, en se disant qu’on trouverait bien une idée durant le sommeil. Si le montage ne fût pas vraiment un problème, quelques séquences posèrent problème dans la mesure où il fallait y consacrer du temps pour rendre l’effet crédible. Par exemple, la crevaison du pneu pourrait se résumer à quelques laborieuses après-midi à ajuster des coins de masques pour bien détourer les jambes de Gérard Lambert. Et encore, il fallait régulièrement répéter l’opération puisqu’à chaque export, on prend du recul et on trouve que tel élément ne passe pas si bien que ça.

Le plus gros était à faire, l’animation du Petit Prince. Si j’avais vaguement quelques pistes comme l’animation image par image, chacune dessinée l’une après l’autre via TV Paint Animator, il m’a fallu me rabattre sur celle à ma portée : L’animation via After Effect. Cependant, hors de question d’aborder la chose sans connaissances basiques et c’est dans cette optique que je me suis procuré l’excellent ouvrage de Richard Williams pour en apprendre plus sur la démarche d’un personnage de profil par exemple.

Il ne me restait plus qu’à passer des week-end pour dessiner un beau Petit Prince sur Photoshop, en dissocier les membres pour animer le tout indépendamment via AE. Ce fût long, très long, même pas compliqué puisqu’il suffisait de déplacer des points et timer certains évènement. Mais il fallait faire preuve de rigueur pour ne pas s’emmêler les pédales et j’eus vite fait de m’y perdre dans tout ce tas de calques.

Après de nombreux rendus, de nombreux exports tests et de fastidieuses phases d’étalonnage, j’avais mon Petit Prince proprement animé sur les plans qu’il me fallait.
Je tenais un produit montrable en tant que version bêta et les quelques retours perçus peu après rejoignaient le fond de ma pensée : Il fallait maintenant appuyer l’ambiance sonore. Le travail à ce niveau fût de longue haleine et ne s’acheva finalement que quelques semaines après avoir reçu la musique définitive, lorsque je me suis scotché des porte-clés sur des après-skis avant d’aller marcher dans la rue.

Enfin, le générique. L’intro et le début. Des conseils avisés me firent remarquer qu’il serait bénéfique à l’ensemble d’apporter un aspect bédé. Puisque le Petit Prince ne s’exprime qu’avec quelques phylactères, autant l’assumer et ne pas en faire des cas isolés. Plus clairement, il ne s’agissait pas de découper le court-métrage comme une planche de BD mais plutôt de donner le ton dès l’introduction et d’y assortir un générique dans le même esprit. L’opération me prit du temps mais je suis satisfait du résultat, bien que cela aurait pu être plus propre si certaines scènes avaient été tournées dans cet idée.

Finalement, je suis assez fier de Petit Prince de mes Deux et du travail abattu. Je pense que mon seul regret aura été de ne pas avoir constitué une équipe de tournage « traditionnelle » et de m’être impliqué à trop de niveaux. Je n’avais pas le choix, et puis j’ai appris des tas de choses tout en m’investissant dans des domaines dans lesquels j’étais à l’aise. Seulement, avoir un cadreur, un ingé son, un script, un éclairagiste, un monteur & co, ça permet d’avoir différents points de vue, alors que j’étais souvent livré à ma propre opinion sur mon travail. Bah. Ce n’est qu’un court-métrage de 5 minutes tourné en même pas deux heures, mon organisation a fait qu’il n’y avait pas tellement d’autres alternatives et puis cela a suffit pour que l’on passe un bon moment et qu’il y ait de quoi être fier.

Il n’y a plus qu’à diffuser le bouzin. La principale barrière étant que pour un public ne connaissant pas la chanson, l’histoire ne rime pas à grand chose. Ceci dit, j’espère participer à des festivals de court-métrages et en juger d’après l’accueil de cet éventuel public. Il ne me reste qu’à stalker Renaud pour traverser la France et lui remettre un DVD pour la déconne et la gloire. En attendant, un film, c’est fait pour être vu et je compte bien le montrer autant que possible pour mettre un point final à cette petite aventure. Tin tintin…

Disclaimer : Si vous ne connaissez pas la chanson d’origine, je vous prie de l’écouter via le lien ci-dessous. Nous sommes sur Internet et donc à deux clics de la moindre information. Je ne connais pas le ressenti de ceux qui voient Petit Prince de mes Deux sans connaître la chanson dont il est adapté, mais je préfère que vous ne passiez pas à côté sous prétexte que votre culture musicale ne soit pas suffisamment développée (et bim).

Les Aventures de Gérard Lambert (Renaud, Marche à l’Ombre – Polydor 1980)  sur Deezer

Petit Prince de mes Deux :

Il va de soi que si vous le partagez par n’importe quel moyen, vous serez quelqu’un de bien, ça devrait vous suffire…


Une réflexion sur “[Court Métrage] Petit Prince de mes Deux

Exprime-toi, tu es libre, après si tu ne veux pas tant pis je comprendrais, je prend sur moi, on reste amis hein.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s